Quand plane l'âme de Simone Weil

Personnalité « citoyenne » rejetée par les ponots mais adorée par ses élèves, Simone Weil a enseigné au Lycée de jeunes filles durant l’année scolaire 1931-1932. Totalement détachée des biens de ce monde , le professeur de philosophie, grec, latin et histoire de l’art, assume son « inélégance naturelle » et le port du pantalon avec une aisance déconcertante. Son surnom de « vierge rouge » attribué durant ses études à l’Ecole Normale supérieure est, au final, bien adapté à la ville dominée par la statue

Notre-Dame-de-France! Certes, Simone Weil dérange la tranquillité locale par son engagement syndical, ses relations avec les chômeurs et les mouvements de gauche sans jamais toutefois adhérer au parti communiste. Mais elle conquiert l’ensemble des jeunes qui ont le bonheur de profiter de son enseignement et qui parlent

« d’une simplicité lumineuse, d’une probité totale et d’une noblesse d’âme peu commune » selon les propres termes d’Hélène Crémillieux. L’extrême franchise de Simone Weil complète le portrait d’une enseignante passionnée et « vénérée » qui déconseillait, d’emblée, à ses élèves l’usage des manuels en favorisant la recherche personnelle. Regard pénétrant, sourire malicieux, intelligence vive et gaucherie des gestes signent, au final, le profil de la philosophe « un des plus grands penseurs du XXème siècle qui aime à bousculer son entourage et tirer de leur torpeur, sans relâche, ses camarades de promotion » comme devait le souligner Denis Guillec. Dès l’âge de 5 ans, Simone Weil décrète « ne pas aimer le luxe », à 10 elle décide de ne plus porter de chaussettes et à 15 ans, en vacances avec ses parents, elle persuade le portier de l’hôtel d’adhérer à un syndicat ! Simone Weil va faire sienne la pensée d’Alain, son maître, « penser c’est vouloir, vouloir c’est agir ». Son ennemi permanent ? La rêverie.

Simone Weil la « terrible »

« Simone Weil est femme, jeune, brûle d’agir. Elle ne souffre pas de rester à l’arrière : il lui faut être sur le front, sur tous les fronts, et aux avant-postes. Dans sa courte vie elle a toujours « lutté » dira Denis Guillec. Simone Weil va toujours au bout de ses pensées, elle dénonce bientôt les slogans creux, les dogmes prônés par les syndicats dont elle s’éloigne peu à peu. Plonge dans le quotidien des ouvriers en travaillant chez Alsthom mais est déçue par « une fraternité trop rare », mène des expériences ponctuelles dans l’agriculture, notamment dans une ferme en Ardèche.

Simone Weil est pacifiste et le fait savoir. Comme « son ami très cher Jean-Jacques Rousseau »,elle qualifie le colonialisme de « manifestation de la force qui entraîne pour les peuples opprimés une rupture avec leurs racines, une défaite des valeurs car pour elle c’est le passé qui alimente la spiritualité ». Simone Weil « la terrible » vit ses contradictions avec aplomb et s’engage même dans la guerre d’Espagne, ses camarades s’éloignent d’elle lorsqu’elle porte un fusil, sa maladresse étant légendaire ! « Elle soutient les accords de Munich avant de considérer ce pacifisme, dès mars 40, extrêmiste et erroné : une cruelle méprise. Dès lors elle fera tout pour participer à « la destruction d’Hitler », rédigeant des articles, diffusant clandestinement des revues et rejoignant la Résistance à Londres fin 42. Cet engagement public, ardent et d’une grande probité intellectuelle, manifestait un puissant engagement philosophique », selon D. Guillec.

Rencontre avec Dieu

Simone Weil est sans cesse habitée par le souhait d’élévation de l’âme, très attachée à la vérité « pas de compromission possible » dit-elle. Elle vit ses émotions avec une intensité sans borne, en 1935 elle entend des cantiques au Portugal, est subjuguée ; deux ans plus tard, à proximité d’Assise, elle avoue « être contrainte de se mettre à genoux » ; puis les chants de l’abbaye de Solesmes l’envoûtent « Christ lui-même est descendu et m’a prise » déclare-t-elle. Dès lors, elle se livre à une boulimie de

boulimie de lectures de textes sacrés de la plupart des religions, toutefois elle refuse le baptême car « déchirée par son impossibilité à penser ensemble la perfection de Dieu et le malheur des hommes ». Pour elle, Dieu est l’Etre infini humble et non dominateur. « Une telle expérience imprime une nouvelle orientation à sa vie, tant spirituellement que pratiquement. Elle se sent de plus en plus investie d’une mission et interprète son engagement en termes de vocation. Sa dernière oeuvre maîtresse, L’enracinement, porte le sceau de cette ferveur mystique. Elle n’est plus rien

se vit comme un canal (« un instrument pourri ») de pensées trop hautes pour être d’elle. Dans ce livre elle entreprend de « refaire une âme à la France » et de penser le destin de l’Europe, qu’elle exhorte à renouer avec ses origines grecque et chrétienne » selon Denis Guillec qui ajoute « Philosopher c’est s’engager, de tout son être, de toute son âme il s’agit d’une transformation de soi, de l’esprit bien sûr, mais encore de la sensibilité et de l’action. Philosopher : chose exclusivement en acte et pratique », écrit-elle. Penser philosophiquement n’est ni décrire ni calculer mais réfléchir sur les Valeurs, ce qui nécessite effort et conversion de l’attention, ainsi que l’avait souligné Platon, son maître.

L’âme humaine est habitée par un triple désir du Vrai, du Beau, du Juste, qui, pour se déployer, a besoin d’être arraché aux biens matériels. Traverser les apparences pour toucher le réel, le Bien. Il y faut une pratique régulière de dépouillement de soi, d’ascèse, d’exercices spirituels. Simone Weil n’en fut pas économe ».

Sa trajectoire spirituelle la conduit, ainsi, d’un désir de vérité et de justice, commun à tous ceux qui sont réellement philosophes, à une passion s’achevant dans « la folie d’amour », le consentement parfait à ce qui est. Comme devait le souligner Denis Guillec, « si sainte est synonyme de détachement de soi, Simone Weil l’était, si contact avec l’absolu définit l’être mystique Simone Weil l’était ». Reconnaissant les paradoxes comme l’exige la philosophie et habitée par le sentiment d’avoir de l’or à transmettre sans personne pour le recevoir, Simone Weil estimait « la mine d’or inépuisable et d’autres passeurs viendront ».

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