Le syndicalisme de Simone Weil

Simone Weil est arrivée au Puy le 30 septembre 1931, pour son tout premier

poste d'agrégée de Philosophie. Quelques semaines plus tard, rumeur publique et presse locale s'étonnaient, et parfois, disons-le, fantasmaient sur cette "demoiselle",

qui avait aidé les chômeurs, "occupés" sur un chantier sur le Breuil, à réclamer

leurs droits. Son professeur Alain s'exclamait : "Il n'y avait qu'elle pour

déclencher unegrève de chômeurs" !

Au delà de l'exploit individuel, bien plus qu'anecdotique, sa période ponote, qui est aussi une période stéphanoise car elle se rend très souvent dans la Loire rencontrer

les militants CGT instituteurs, mineurs, cheminots et métallos, correspond

à la période "syndicaliste révolutionnaire" de Simone Weil. Avec l'empathie qui la caractérise, elle attire l'affection de vieux militants chevronnés, appartenant à des courants différents – syndicalisme révolutionnaire

proprement dit avec Urbain Thévenon de la Loire, communisme antistalinien avec Gilbert Serret de l'Ardèche

qui voient en elle leur camarade de coeur, de combat et d'esprit. Unitaire et là encore originale dans sa conséquence

logique, Simone Weil est membre des deux CGT à la fois – la réformiste et la révolutionnaire (CGTU).

Simone Weil a été "viscéralement" syndicaliste, aspirant à la révolution prolétarienne, et tant cette aspiration

que cet engagement vont avec son immersion dans le Puy et dans Saint-Etienne. Elle change de poste dés

1932, ayant trop "défrayé la chronique" pour son administration. A l'été 1932 elle parcourt l'Allemagne et rencontre et discute avec des militants social-démocrates, communistes, et aussi avec de jeunes nazis, toujours,

envers tous, avec la même empathie consciente qui permet compréhension et dialogue sans illusions sur ce qui se prépare : ses articles dans la revue la Révolution prolétarienne sont, avec ceux de Daniel Guérin, un reportage

d'une extraordinaire profondeur sur l'Allemagne à la veille de la victoire nazie, qu'elle voit venir malgré

la puissance du mouvement ouvrier et la force de la culture.

L'avènement du nazisme marque, non la rupture de Simone Weil avec l'aspiration éthique que portait pour elle la perspective de la révolution prolétarienne, mais la fin de son espoir dans les possibilités effectives d'une telle révolution, ce qui s'explique aussi par le fait qu'elle n'avait strictement aucune illusion sur l'URSS et la

nature de son régime. Fin 1933 sa rencontre, orageuse, avec Léon Trotsky, qui s'était rendu clandestinement

chez ses parents à Paris, traduit cette évolution. Mais le moment du syndicalisme et des hommes cherchant à

faire leur propre histoire, ces "amants passionnés de la culture de soi-même" Fernand (Pelloutier), demeurera

comme un socle de son évolution.

Vincent Présumey.

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