La Première Bachelière J.V. d'Aubié

Julie Victoire Daubié, un salon du Ministère de l’Education Nationale porte son nom et une fresque lui est dédiée à Fontenoy le Château, dans le département des Vosges.

Un hommage, finalement, un peu court pour une femme qui mériterait une place de choix dans chaque lycée de l’hexagone. Car Julie Victoire Daubié est la première bachelière française. Le 16 août 1861, l’Académie de Lyon lui décerne le Baccalauréat ès Lettres et ceci après maintes péripéties !

Julie Victoire est née le 26 mars 1824. Fille de la campagne vosgienne, elle fait preuve d’un caractère bien trempé au sein d’une famille de petite bourgeoisie dont elle est la huitième et dernière enfant. A l’école primaire, elle apprend à lire et écrire, et c’est, déjà, beaucoup pour une enfant de son temps. Eh oui depuis la loi Guizot (1833), l’école est obligatoire mais uniquement pour les garçons ! La croyance est bien ancrée : la femme ne peut avoir les mêmes capacités intellectuelles que l’homme et puis il ne faut pas bousculer l’ordre établi : la mère doit veiller à la bonne éducation de ses rejetons, savoir coudre et broder tout au plus...la manœuvre est subtile, car comment s’émanciper sans instruction ?

Julie Victoire Daubié est une pionnière, une bat- tante, c’est elle qui va ouvrir une brèche dans cette muraille bâtie par la main de l’homme.

Auprès de son frère Florentin, elle apprend le latin, le grec, l’histoire, la géographie et même l’allemand. Julie Victoire est douée et curieuse de tout. Après avoir obtenu le Brevet élémentaire, elle décroche, en 1844, le seul diplôme ac- cessible aux jeunes filles, le Brevet d’aptitude à l’enseignement primaire supérieur qui lui permet d’exercer en tant que préceptrice aussi bien en France qu’en Allemagne. En 1859, notre vosgienne participe à un concours lancé par l’Académie impériale des sciences et belles lettres de Lyon (quel beau titre...). Le sujet est signé d’un industriel lyonnais François Arlès Dufour, il traite, notamment, des mesures à appli- quer pour élever le salaire des femmes à l’égal de celui des hommes. Julie Victoire remporte le 1er prix pour son mémoire « La femme pauvre par une femme pauvre », prémices de son ouvrage principal « La femme pauvre au XIXème siècle » paru en 1866.

Forte de ce succès et de la protection d’Arlès- Dufour, Julie Victoire s’inscrit aux épreuves du baccalauréat, enfin tente de s’inscrire...juridi- quement, rien n’empêche une femme de candidater aux épreuves. Pourtant, la prestigieuse Sorbonne refuse son inscription, tout comme l’Académie d’Aix. Acceptée à Lyon, en août 1861, Julie Victoire se présente à l’examen (elle planche en latin, français, logique, géographie, histoire, arithmétique, géométrie et physique) et à 37 ans devient la première bachelière de France !

Mais l’histoire n’est pas finie...le Ministre de l’Instruction Publique, Gustave Rouland refuse de signer le diplôme de Julie Victoire Daubié ! Comme quoi on peut être l’inventeur des bibliothèques scolaires et manquer de jugeote ! Sur ordre de Napoléon III, après l’intervention de l’Impératrice Eugénie, en mars 1862, le Ministre appose son sceau sur le sésame qui permet à Julie Victoire d’entrer à l’Université. En effet, la jeune femme ne compte pas s’en arrêter là et en 1871, elle devient la première femme licenciée ès lettres ! Sa brillante carrière conjugue journalisme, lettres et politique. C’est une femme engagée qui correspond avec George Sand, dénonce les abus d’une éducation féminine gérée par l’Eglise. Julie Victoire Daubié tente même une inscription (refusée) sur les registres électoraux de Paris tout en contribuant à l’éclosion du féminisme avec son association « Pour l’émancipation progressive de la femme ».

Martine Briat 

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